Trois cas de méningite mortelle en France : doit-on s’alarmer ?

Peut-être avez-vous croisé le regard inquiet d’un proche lorsque, enfant, vous vous plaigniez publiquement d’une douleur dans la nuque. « Ça pourrait être une méningite… », soufflait une grand-mère anxieuse. Angoisses balayées d’un revers de main par un lapidaire « ça va passer » des parents occupés.

La méningite, pour moi, évoque cette menace planante entretenue par deux ou trois faits divers, équivalent de mort assurée et rapide (ne parle-t-on pas de méningite foudroyante ?) mais bien trop rare pour imaginer être un jour concerné. Pourtant, l’actualité vient de nous rappeler que, loin d’être un fantasme, la méningite tuait encore en France. Trois jeunes hommes, âgés de 22 à 29 ans, sont morts entre vendredi et dimanche à Nice (de méningites de souches différentes) tandis que deux adolescents sans lien avec les trois victimes sont actuellement hospitalisés dans la même ville, dont l’un dans un état grave, pour des méningites. L’occasion d’en savoir un peu plus sur cette pathologie.

C’est quoi une méningite ?

On regroupe sous le terme « méningite » une inflammation des méninges, ces membranes (la pie-mère, l’arachnoïde et la dure-mère) qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière.

Coupe du crâne - méninges

Il existe deux grands types de méningites :

Les méningites virales, qui sont les plus fréquentes (75% des cas) et la plupart du temps bénignes, lorsqu’un virus pénètre dans la liquide qui entoure le cerveau. On ne peut pas les traiter par antibiotiques, mais elles s’apparentent à une grippe et on s’en remet en une semaine environ, le plus souvent sans aucune lésion. Les épidémies hivernales sont fréquentes, mais sans conséquences dramatiques.

Les méningites bactériennes, plus rares (20 à 25%) et bien plus graves puisqu’elles peuvent être fatales une fois sur dix, malgré un traitement. Dans ce deuxième cas, c’est un germe présent dans la bouche qui est à l’origine de la maladie, et là aussi, on distingue plusieurs germes mis en cause : l’Haemophilius influzae, le pneumocoque et le méningocoque. Un enfant en bas âge est plus susceptible d’être infecté par un pneumocoque, depuis que le vaccin contre l’haemophilius, répandu dans les années 90, a considérablement réduit sa portée.

On distingue les méningocoques B et C, les plus fréquents en France, mais aussi A, Y et W135. La bactérie méningocoque est présente dans l’arrière gorge ou le nez de beaucoup de gens qui sont des porteurs sains. Dans de rares cas, elle cause des épidémies de méningites. De nombreux autres germes peuvent être impliqués dans des méningites bactériennes mais sont moins fréquents.

Enfin, dans un troisième cas très rare, une méningite peut être due à un parasite : on parle alors de méningite fongique.

Comment reconnaître une méningite bactérienne ?

Les symptômes ressemblent à ceux de la grippe : de la fièvre, des maux de tête, la fameuse « raideur dans la nuque », d’éventuels vomissements, mais aussi une hypersensibilité à la lumière, une confusion et parfois de petits boutons violacés.

Mal de têteDeux symptômes spécifiques de la méningite bactérienne peuvent toutefois alerter : la limitation de l’élévation des membres inférieurs (dite signe de Kernig), que l’on constate quand le patient, jambes tendues, ressent une douleur en essayant de les replier sur le bassin, et le signe de Budzinski, c’est-à-dire une flexion involontaire des jambes lorsqu’on penche la tête en avant. En présence de certains de ces symptômes, il faut contacter le Samu au plus vite.

Comment se transmet-elle ?

Le germe du méningocoque se transmet par inhalation de petites gouttes de salive projetées dans l’air par une personne infectée. Dans ce cas de méningite, « la contamination nécessite un contact rapproché avec une personne porteuse de ce germe », note le docteur Pierrick Hordé, interrogé par Santé Médecine. Il y a donc très peu de risques de contamination dans les lieux publics, ou même en se faisant passer un objet (cuillère, cigarette…) d’une bouche à l’autre. Depuis 2010, un vaccin contre les méningites C est recommandé aux enfants et aux adultes jusqu’à 24 ans, mais seul 50% des enfants de moins de 4 ans se font vacciner, et le chiffre tombe à 5% pour les 20-24 ans.

Ce n’est que dans le cas de la méningite à pneumocoques que la bactérie peut se transmettre en touchant des objets souillés par les sécrétions respiratoires du malade. Un vaccin anti-pneumocoque existe, mais les résultats de sa généralisation sont encore mal analysés. Il permettrait cependant de gagner 10 à 5 vies supplémentaires par an.

Que faire si une personne de mon entourage a été infectée ?

On l’a dit, la méningite est peu contagieuse mais dangereuse. Seuls des contacts répétés avec un proche peuvent aboutir à une transmission de la bactérie. En cas d’infection à méningocoques, il faut vous signaler aux autorités de santé afin d’être pris en charge rapidement. La procédure pourra être différente selon le type de méningite détecté. Dans le cas des trois morts de Nice, une quarantaine de personnes de l’entourage des deux beaux-frères, vraisemblablement touchés par un méningocoque de type C, ont été vaccinées. Dans le 3e cas, un méningocoque B isolé, les proches du jeune homme ont tous été traités préventivement par antibiotiques puisqu’il n’existe pas de vaccin.

Méningocoque Neisseria meningitidis
Méningocoque Neisseria meningitidis

Doit-on craindre une épidémie ? 

Non, et l’Agence régionale de santé est claire sur ce point : « Ce genre de convergence des cas n’est pas fréquente, mais il ne s’agit pas d’une épidémie », indique l’ARS dans un communiqué. La situation à Nice n’est pas exceptionnelle : les méningites, comme la grippe, sont des maladies saisonnières plus fréquentes en hiver, et chaque année on découvre une dizaine de cas de contaminations au sein d’une même famille, qui peuvent avoir des conséquences dramatiques.

Environ 700 cas par an sont recensés dans l’Hexagone, pour une mortalité de 20 à 30 personnes. En réalité, la mortalité en France a considérablement baissé depuis la mise au point, à la fin du XXe siècle, du vaccin contre l’haemophilius.

Dans le monde, on estime qu’il existe chaque année 1,2 million de cas de méningites bactériennes, et sur les 135 000 cas  mortels, 50 000 environ sont dû à un méningocoque, le seul capable de provoquer des épidémies. Ces dernières sont la plupart du temps concentrées sur le continent africain (il y a une grande épidémie tous les sept à 14 ans). Avant d’effectuer un voyage, il est donc recommandé de se renseigner sur les risques et de se faire vacciner en cas de séjour prolongé, en période sèche et en zone d’épidémie.

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