Seul sur Mars, science et block-buster au rendez-vous

«Seul sur Mars», film de science-fiction très réaliste, est sorti hier au cinéma. Le bouquin était déjà un must-have de votre bibliothèque. Le film l’est également. Un conseil : foncez !

Le pitch

Mark Watney est un veinard. Déjà, il a la chance de faire partie d’une mission d’astronautes envoyés sur Mars, ce qui est en soi un truc sacrément génial. Ensuite, il arrive à survivre à une tempête martienne de dingue qui, accessoirement, lui plante un bout d’antenne dans le ventre. La moins bonne nouvelle, c’est que ses petits copains de voyage, le croyant mort, ont mis les voiles direction la Terre. Voilà donc le drôle et beau Mark sur le carreau, sans moyen de communication et avec un stock de nourriture pour 1 an… sachant qu’il lui faut en tenir 4 avant le retour de la prochaine mission. Qu’à cela ne tienne, l’homme est coriace (et particulièrement ingénieux) malgré le fait que Mars et tous les éléments tentent à chaque minute de le tuer.

Seul sur Mars
Mark, seul sur Mars © 20th CENTURY FOX 2015

Seul sur Mars, un film de hard science-fiction

A l’image d’Apollo 13, Seul sur Mars est un film de hard science-fiction. Cela signifie que les technologies présentes dans le film sont tout sauf de la science-fiction. Et pour cause, les décors sont issus d’une collaboration étroite avec la NASA.

seul sur mars
Rover Mars © 20th CENTURY FOX 2015

Les mêmes engins. L’agence spatiale américaine a montré aux équipes du film les prototypes imaginés pour vivre sur Mars et du coup, ce que vous voyez – l’habitat, le rover, etc. – sont des objets qui sortent directement des cerveaux de la NASA et qui sont donc tout à fait réalistes. Certains de ces objets sont encore à l’état de projet, mais d’autres, à l’instar du recycleur d’eau, sont réels et même utilisés à bord de l’ISS depuis un moment.

Le film va même au-delà puisque les  experts du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa ont les mêmes prénoms dans le film que les vrais !

Un voyage plausible. Le déroulé de la mission Arès s’inspire quant à lui directement des scénarios de l’ingénieur en aérospatial Robert Zubrin qui ont été retenus par la Nasa dans leurs projets d’aller sur Mars. Ce scénario comprend  :
– un vaisseau principal (Hermès dans le film)
– un habitat sous pression où séjourner pendant quelques semaines
– un MAV (Mars Ascent Vehicle) pour quitter le sol et assurer la remontée en orbite vers le vaisseau principal.

Le MAV est en effet un élément problématique : trop lourd pour être expédié sur Mars le réservoir plein, il est déposé à l’avance (plusieurs mois voire plusieurs années !) avec une petite réserve d’hydrogène. L’appareil fabrique ensuite son carburant à partir du dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère martienne grâce à une usine chimique. Du coup, quand les astronautes arrivent, le plein est fait et il n’y a plus qu’à s’installer pour repartir vers le vaisseau principal resté en orbite autour de la planète.

Le vaisseau principal, quant à lui, répond à une problématique sérieuse : celle de recréer une gravité, afin que les astronautes ne vivent pas en apesanteur pendant tout le voyage. Il faut savoir que pour se rendre sur Mars, la distance est en moyenne de 80 millions de km (je dis en moyenne car ce chiffre varie en fonction des orbites des deux planètes autour du soleil ; au plus près, elles sont à 56 millions de km de distance, au plus loin, 400 millions de km): même si les embouteillages sont peu fréquents sur cette route, le voyage durerait tout de même entre 6 et 8 mois aller (donc plus d’un an pour faire juste l’aller-retour… sans compter le temps passé sur place). Une mission de plusieurs années donc. Or, passer du temps en apesanteur finit par atrophier les muscles… au point d’avoir quelques difficultés à marcher de retour sur Terre. D’où la nécessité d’une gravité artificielle dans le vaisseau pour se maintenir au top de la forme. Seul sur Mars propose ainsi un vaisseau avec une partie centrale mouvante qui, en tournant sur elle-même, crée cette gravité. Seule ombre au tableau de cette superbe station spatiale : le coût exorbitant que cela coûterait en vrai à produire.

Seul sur Mars
Hermès © 20th CENTURY FOX 2015

Les contraintes orbitales. C’est une variable très bien mise en avant dans le film : en raison des orbites respectives de Mars et de la Terre, les fenêtres de tir pour envoyer des charges lourdes (vaisseaux, gens, etc.) vers Mars ne se reproduisent que tous les deux ans environ. Et une fois parti dans un sens,  impossible de faire demi-tour ! Dans l’espace, quand on est lancé, on est lancé, et pour faire demi-tour, on ne peut se servir que de l’attraction des astres (comme la Terre ou Mars) pour faire le tour et repartir dans l’autre sens. C’est ce qui explique pourquoi les coéquipiers de Mark Watney doivent continuer leur route vers la Terre, même après avoir appris qu’il n’est pas mort. Dans le film, toutes ces contraintes orbitales sont prises en compte. «Quand vous partez sur Mars, soit vous restez 30 jours et vous repartez tout de suite, où vous êtes bloqués sur place pendant au moins 500 jours», précise Francis Rocard, responsable de l’exploration du système solaire au Cnes, l’agence spatiale française. Et c’est ce qui se passe pour la mission du film : à la base les astronautes devaient rester une petite trentaine de jours sur place. Manque de bol, Mark lui y reste 500 jours.

Bref. Tout ça pour dire que Ridley Scott a fait en sorte de ne pas trop dénaturer le bouquin d’Andy Weir (qui était déjà sacrément réaliste et précis) et qu’en plus, la NASA lui a donné un coup de main pour renforcer sa crédibilité. Et là, du coup, les astronautes, scientifiques et ingénieurs sont quasiment unanimes pour dire que l’effet est sacrément réussi. Y compris sur l’aspect psychologique. « Ce que nous avons aimé, explique Rew Walheim, astronaute à la NASA, c’est qu’il montre comment on doit penser avec un, deux ou trois coups d’avance. » Le personnage en effet réfléchit toujours à la fois à court et long terme sur ce qui peut le tuer et comment survivre : ce qu’on appelle la règle de 3 (comment réagir sur les 3 prochaines secondes, minutes, heures, semaines, etc.). Le héros utilise également le principe du SERA (secours, énergie, risque et atout) :  il réfléchit à comment utiliser au mieux les ressources dont il dispose tout en devant impérativement essayer de communiquer avec la Terre (ce qui est coûteux en énergie puisqu’il part à la recherche [attention spoiler] de Pathfinder, ancêtre de Curiosity, situé à quelques jours de son  campement).

Seul sur Mars, un blog, un livre
La version originale du roman a d’abord été publiée sous la forme d’un blog. Andy Weir a ainsi pu corriger les inexactitudes et incohérences au fur et à mesure des corrections et commentaires des lecteurs. Ce qui en fait un roman particulièrement réaliste.

Les (quelques) incohérences scientifiques de Seul sur Mars

Bon, nous sommes tout de même à Hollywood donc la perfection scientifique n’est pas toujours de mise pour les « besoins » du scénario.

La tempête. La première des incohérences est à la base même de l’intrigue : la tempête martienne qui frappe violemment l’équipage et les oblige à déguerpir illico presto en laissant leur pote en rade sur la planète rouge. Une tempête de ce genre est tout simplement impossible sur Mars. En effet, la planète rouge dispose d’une atmosphère très fine, ce qui signifie que la vitesse des vents ne peut pas atteindre les mêmes proportions que sur Terre : si par hasard, les vents martiens atteignaient 150 km/h, les astronautes ne sentiraient qu’une légère bourrasque… Autrement dit : rien qu’y puisse déstabiliser un vaisseau de plusieurs tonnes.

Seul sur Mars
100 patates ! © 20th CENTURY FOX 2015

Les patates. Ah quelle scène magnifique, lorsque Mark Watney utilise ses excréments pour planter ses patates… Dans l’absolu, l’idée n’est pas mauvaise : le sol martien ne contient aucun nutriment, ce qui le rend stérile. Ces nutriments seraient apportés par les excréments humains. Mais bon, techniquement il faudrait d’abord les composter, pour se débarrasser des mauvaises bactéries et ne garder que les bonnes. Par ailleurs, le sol martien est plein de perchlorates, des composés chimiques très oxydants qui rendent le sol stérile et donc pas vraiment idéal pour l’agriculture. Mais bon, pauvre Mark, il fait avec ce qu’il peut avec ce qu’il a.

Les montagnes.  Dans ce film, les paysages sont absolument superbes. On s’y croirait presque. Et d’ailleurs, c’est presque trop beau pour être vrai… Quand Mark Watney va chercher Pathfinder à Ares Vallis, une vallée complètement plate et sans relief, que voit-on à l’horizon ? Des montagnes. Ok ça en jette mais c’est quand même pas très réaliste tout ça. Il y a d’ailleurs aussi beaucoup de montagnes ou de gros cailloux à proximité de l’habitat … alors que, soyons clair, Mars est quand même surtout composée de grandes plaines désertiques jonchées de pierre. Autre incohérence de paysage : il retrouve Pathfinder entièrement recouvert de sable. Et ça, ce n’est pas possible non plus. Parce que même si ça fait 20 ans qu’il rouille sur Mars, il faudrait qu’une dune entière se soit déplacée pour le recouvrir (ce qui est peu probable).

Seul sur Mars
© 20th CENTURY FOX 2015

Le trou dans l’habitat. Mark Watney a beau être débrouillard, il répare l’habitat avec une bâche et du scotch lorsque le sas de sortie explose. IMPOSSIBLE. L’habitat martien reproduit la pression de l’atmosphère terrienne… ce qui veut dire que la poussée serait de 30 tonnes sur la bâche ! Seules les bâches hollywoodiennes peuvent supporter une telle pression.

La pression atmosphérique sur Mars est de seulement 9 millibars dans les vallées, contre 1 013 millibars au niveau de la mer chez nous. Or la température d’ébullition de l’eau et des autres fluides dépend de la pression : si sur Terre, elle est de 100 °C, sur Mars elle est de 5 °C maximum ! Sans sa combinaison, l’astronaute verrait donc sa salive bouillir, ainsi que son sang… et il finirait par exploser. Et il mourrait également d’asphyxie vu que l’atmosphère de Mars est composée à 95 % de CO2.Délicieux.

Et après ça, on pourrait aussi évoquer que les communications, qui mettent normalement une vingtaine de minutes à faire l’aller-retour Terre-Mars, sont présentées de façon à ce qu’on ait l’impression qu’elles sont en temps réel. Ah et puis sur Mars, le ciel est bleu, pas rouge, lors des couchers de soleil ! Et le coup de la combinaison percée dans l’espace pour se déplacer comme « Iron Man » ….

Seul sur Mars
Coucou Pathfinder, me voilà ! © 20th CENTURY FOX 2015

Mais tout ça franchement c’est des broutilles. Ce film prend vraiment aux tripes. Et encore, pour avoir lu le livre, je savais déjà comment l’histoire allait se finir. Mais les acteurs sont vraiment supers : de Mark Watney au directeur de la NASA, de Rich Purnell à Vincent Kapoor… Les plus fades dans l’histoire, ce sont les acteurs qui incarnent l’équipage d’Hermès : Jessica Chastain n’a aucun intérêt, et les 4 autres pas beaucoup plus. Ce qui est vraiment dommage au vu de leur rôle et de leur humour dans le livre. Donc un conseil : allez voir le film et lisez le bouquin. On en ressort avec plein d’espoir pour l’humanité (et un peu moins d’amour pour la musique disco !!)

Pour en savoir plus : https://lejournal.cnrs.fr/articles/peut-vraiment-rester-seul-sur-mars

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