Séisme en Californie : en attendant le « Big One »

Dimanche 24 août 2014, les  habitants de la baie de San Francisco ont eu la surprise d’un réveil en fanfare à 3h du matin : un séisme de magnitude 6 – le plus fort depuis 1989 – a secoué toute la région.  Et si heureusement aucun mort n’est à déplorer, les dégâts sont tout de même importants avec des bâtiments effondrés et des routes tout juste bonnes à faire du skateboard… Mais pourquoi un tel événement dans cette zone ? La faute à la faille de San Andreas, un décrochement à la jonction des plaques tectoniques du Pacifique et de l’Amérique. Explications.

Route californienne endommagée après le séisme
Photographe Jeremy Carroll

San Andreas, le fauteur de troubles

Il y a bientôt presque deux ans, je publiais l’un de mes tout premiers articles sur Le Globserver : « La dérive des continents, pas si évident » dédié à la théorie de la tectonique des plaques développée par Alfred Wegener. J’y expliquais ce modèle, qui n’a pas toujours fait l’unanimité, mais qui permet de comprendre le fonctionnement de notre chère planète.

Petit résumé. Le plus simple pour comprendre, c’est la métaphore. Partons du principe que la Terre est (bleue) comme une orange. La peau de l’orange représente la croûte terrestre, la pulpe c’est le manteau. Les roches du manteau étant moins solides que la croûte (sans être pour autant liquides) et soumises à de fortes variations de température, elles forment un mouvement circulaire : les parties chaudes remontent, tandis que les parties froides s’enfoncent. Tout cela crée des tensions : la peau de l’orange se fissure, les plaques apparaissent et dérivent sur le manteau terrestre comme un navire sur l’océan. Subissant des mouvements contraires, elles finissent par se chevaucher, se frotter, se grimper dessus (que ceux qui ont les idées mal placées se rappellent que nous parlons de roches…).

Coupe de la Terre

C’est comme cela qu’est née, entre autres, la faille de San Andreas, marquant la jointure entre la plaque américaine et la plaque Pacifique. Elle mesure environ 1300 kilomètres de long sur 140  de large et se divise en de multiples failles plus petites. Rien que dans la moitié sud de la Californie, 300 failles formant une toile d’araignée souterraine ont été recensées. Sous la ville de San Francisco on en compte 6 majeures.

Contrairement au phénomène de subduction, où l’une des plaques passe sous l’autre, créant un système de montagnes (comme la Cordillère des Andes), et contrairement au phénomène de divergence, où deux plaques s’éloignent l’une de l’autre (comme le grand rift africain), la faille de San Andreas est une zone de décrochement, où les deux failles coulissent l’une contre l’autre. Le problème, c’est que le tout manque un peu d’huile…. Du coup, lorsque ça bouge, ça frotte, et quand ça frotte ça provoque un séisme. Et comme la vitesse de coulissement est d’environ 3 à 5,5 cm par an (ce qui, vous me direz n’est pas grand chose), le phénomène produit tout de même autour de 15.000 séismes par an dont le magnitude ne dépasse pas 4 sur l’échelle de Richter (donc imperceptibles) .

Et nous pauvres hommes crétins que nous sommes, nous avons décidé d’installer deux des plus grandes villes américaines en plein dessus : Los Angeles et San Francisco. Les deux zones subissent donc très régulièrement quelques secousses bien senties…

Evolution de la Californie sur 10 millions d'années

A quand le « Big One »  ?

C’est la question qui taraude tous les sismologues, et sans doute aussi, une bonne majorité des habitants de la zone. Car le « Big One », quand il arrivera, anéantira San Francisco et Los Angeles. Ce grand tremblement de terre dévastateur se produit environ tous les 100 ans et permet de « relâcher » les tensions de la faille de San Andreas. En gros, pendant le « Big One » la magnitude est très élevée et les plaques peuvent glisser de plusieurs dizaines de centimètres d’un coup.

Bien sûr, plusieurs scénarii ont été envisagés par les scientifiques. Le pire d’entre eux est celui du réveil de la faille de Puente Hills : faille « annexe » de la faille de San Andreas,  détectée en 2003. Profonde de 3 à 17 km et longue de 50 km, cette gentille faille serpente directement sous le centre ville de Los Angeles, là où se trouvent les gratte-ciel. Si un séisme de magnitude 8 s’y produisait, la ville entière se ferait pulvériser.

Tout le monde garde en tête les ravages produits par le dernier « Big One » : le séisme de San Francisco en 1906, de magnitude 8,2, qui a détruit  80% de la ville . On dénombre alors 3000 morts et près de 300.000 sans-abris (pour une population de 400.000). Autant dire que si le Big One se produisait aujourd’hui – et il va se produire ! – la catastrophe prendrait une toute autre ampleur au vu du nombre d’habitants. Selon les sismologues, cela devrait avoir lieu d’ici le début des années 2030.

Maintenant, difficile de savoir quand exactement ! La zone peut craquer d’un coup ou, au contraire, subir plusieurs petits séismes avant le gros. La seule chose dont on soit sûr, c’est que la faille de San Andreas a plus de probabilités de bouger lorsque d’autres zones autour de la ceinture de feu du Pacifique bougent aussi. Ce qui fut le cas en mars dernier, au Chili, avec un séisme de magnitude 8,2.

Le palmarès des pires séismes depuis 1900

Pour info, sur les 6 tremblements de terre les plus puissants jamais enregistrés depuis l’invention de l’échelle de Richter, 5 étaient situés sur la ceinture de feu du Pacifique :

1- Chili, mai 1960, magnitude de 9,5. Mon prof d’espagnol, chilien, nous racontait que pendant ce séisme, le sol s’était carrément ouvert à certains endroits, engloutissant ceux qui fuyaient. 3000 personnes sont mortes, notamment à cause du tsunami qui a suivi.

2- Sumatra, décembre 2004, magnitude de 9,3. Tout le monde s’en souvient sûrement : les images du tsunami frappant de plein fouet les plages thaïlandaises et indonésiennes ont fait le tour du monde. Bilan : plus de 200.000 morts.

3- Alaska, mars 1964, magnitude de 9,2. 130 morts. Heureusement que la zone est peu peuplée…

4- Japon, mars 2011, magnitude de 9. Encore une fois, c’est le tsunami consécutif au tremblement de terre qui a fait le plus de dégâts : 15 000 morts, 4000 disparus et une centrale nucléaire (Fukushima ça vous dit quelque chose?) anéantie.

5- Kamtchatka, novembre 1952, magnitude 9.  Pas de morts, si ce n’est quelques mouettes qui passaient par là.

6- Chili (encore), février 2010, magnitude 8,8. 500 morts.

Vous noterez que sur les 6 plus gros séismes de l’histoire, 3 ont eu lieu sur les 10 dernières années. Est ce là le présage de la fin du monde ? Je vous laisse en juger !

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