Objets connectés : allons-nous tous devenir idiots ?

On connaissait l’armure d’Iron Man qui mesure tous ses paramètres vitaux (et lui permet de voler, ça en jette), le Multipass électronique de Lilou Dallas dans le 5e Element (« Lilou Dallas Multipaaaaaaass »), ou encore l’analyse de sang à distance dans Star Wars, la menace fantôme. Aujourd’hui, tous ces objets ne font (presque) plus partie du folklore de la science-fiction : ils sont bel et bien réels!

Électrocardiogramme connecté, podomètre Bluetooth, carte de visite NFC ou fourchette intelligente : ces dernières années, les objets connectés se sont développés dans tous les domaines et ont littéralement envahi notre quotidien. D’ailleurs, le nombre d’objets connectés devrait passer de 15 milliards en 2012 à 80 milliards dans 6 ans ! De quoi, bien sûr, nous faciliter la vie… au risque, sans doute, de nous rendre idiots (plus qu’on ne l’est déjà?)

Objets connectés : c’est quoi ?

Faisons les choses dans l’ordre : comment fonctionnent tous ces appareils dont les données (voire même les commandes) sont contenues dans nos Smartphones et qui, parfois, agissent même tout seuls?

En fait, c’est assez simple. Ces innovations utilisent plusieurs technologies, telles que :
– le RFID (système présent dans les codes barres électroniques qui permet de reconnaître chaque objet de façon unique),
– le Bluetooth,
– le Wi-Fi,
– et le NFC (qui connectent les systèmes entre eux).

Carte NFC

Ainsi reliés à Internet, les objets collectent, stockent, traitent des données, et parfois réagissent en fonction de leur environnement. Ils font partie de ce qu’on appelle l’Internet des objets (en gros, le fait qu’Internet ne soit plus seulement un réseau virtuel mais soit désormais dans le monde physique).

L’ère du tout-connecté

Avec des systèmes de plus en plus perfectionnés et miniaturisés, les possibilités d’objets connectés sont donc infinies. Par exemple, on trouve aujourd’hui :
– des brosses à dents intelligentes (qui calculent la quantité de tartre retirée à chaque usage),
– des couches connectées (qui indiquent quand il faut changer bébé),  des fourchettes (qui vibrent quand vous mangez trop vite),
– des boîtes de médicaments qui vous informent si vous avez déjà pris ou non vos petites pilules,
des voitures qui conduisent toutes seules (nous en avons déjà parlé), etc!

La liste n’est pas exhaustive : presque tout peut être transformé en objet connecté. Même les plantes de votre balcon vous indiqueront bientôt quand elles auront besoin d’eau. Même votre frigo vous dira quoi manger en fonction des dates de péremption de vos courses. Même vos clés seront inutiles (c’est ptet pas plus mal d’ailleurs) car vous fermerez la porte de chez vous avec votre téléphone.

Flower Power Parrot

Dans cette foultitude d’objets, une tendance supplémentaire se distingue : celle du Quantified Yourself, qui repose sur des objets d’autoévaluation. Que ce soit dans le domaine de la santé, du sport ou du bien-être, ils sont reliés à votre mobile, mesurent vos performances et vos constantes vitales (tension, glycémie, poids, sommeil, stress). De là, à se demander si les médecins sont encore utiles, il n’y a qu’un pas…

Franchement, je trouve ça plutôt dingue comme concept. C’est l’aboutissement réel de tout ce qu’on a pu voir ces 50 dernières années dans les films de science-fiction : les objets sont de plus en plus « intelligents »; ils nous viennent en aide dans tous les domaines du quotidien pour que la vie soit plus facile et que, finalement, on passe moins de temps à effectuer les tâches ingrates. Le problème c’est que l’aide apportée est inversement proportionnelle à notre capacité de réflexion, et ça, c’est problématique.

Quand la solitude nous guette…

Imaginez notre futur : bientôt nous n’aurons plus besoin de marcher, nous nous déplacerons avec des appareils autonomes ; nous n’aurons plus besoin de faire le ménage, les robots le feront pour nous ; nous n’aurons plus besoin de voir nos amis, on pourra passer du temps avec eux via écrans interposés…

Si vous lisez bien mon cynisme entre les lignes, il ne s’agit pas de notre futur mais de notre présent ! Transposé dans l’avenir, puissance 10, tous ces objets connectés ne risquent-ils pas de nous rendre asociaux ?

Pour répondre à cette question, le meilleur exemple est pour moi le film Wall-e, un vrai chef d’oeuvre de Walt Disney, dont les références et les messages s’adressent – je pense – plus à un public d’adultes que d’enfants. Si vous ne l’avez pas vu, voici un cours descriptif : dans un futur pas si lointain, la Terre est devenue une déchetterie à ciel ouvert. Plus aucun organisme vivant n’y vit. Seul Wall-e, robot collectionneur d’enjoliveur, poursuit inlassablement sa mission de nettoyage de la planète. Il rencontre « Eveuuuuuu », une robote sexy qui cherche une preuve de vie à tout prix, afin que les humains, partis dans un vaisseau spatial depuis 700 ans, puissent revenir sur Terre.

wall e animated GIF

Ça c’est le topo. Maintenant vous me direz, quel est le lien avec les objets connectés ? Le voici. Dans le film, les humains sont devenus passifs et franchement stupides (en plus d’avoir triplé de volume). Ils ne se déplacent plus qu’en siège électrique et ne communiquent plus que par écran. Tous les robots subviennent à leurs besoins : ils leur fournissent à manger, nettoient, bricolent, lavent, et même enseignent aux enfants. Tout le monde se transforme en larve, adepte des produits « BnL », incapable ne serait-ce que de lire ou de se relever seul. Quand ils veulent quelque chose, ils demandent aux robots et ça leur tombe tout cuit dans le bec.

Alors oui, je vais peut-être un peu loin dans la réflexion mais je pense que ces risques sont réels : les risques pour la santé bien sûr, car à force de ne rien faire, on finit par s’empâter, c’est logique. Le jour où vous n’aurez plus à faire ni vos courses ni vos tâches ménagères, où vous n’aurez plus à vous déplacer pour aller au bureau, où vous passerez votre vie devant un écran, seuls quelques adeptes de sport iront encore courir.

Les risques pour la vie sociale ensuite : avec des écrans partout, exit la communication en face à face, exit les relations sociales basées sur l’échange. Avez-vous vu ce court-métrage « I forgot my phone » de Charlene de Guzman ? On y voit une jeune femme qui a « oublié son téléphone », seule dans un groupe d’accros qui préfèrent multiplier les selfies et heures passées sur les réseaux sociaux que de discuter avec ceux à côté d’eux.

La question de la sécurité des données est également un enjeu de taille. Si on peut imaginer que n’importe quel objet pourra être un jour « connecté » ou « intelligent », est-ce pour autant souhaitable ?

En effet, qui dit objet connecté, dit accumulation de données personnelles… qu’il faut à tout prix sécuriser. Car ces objets enregistrent de nombreuses informations de l’ordre de la santé, des habitudes de consommation, des modes de vie : en un mot, de la vie privée. Que se passerait-il si vos résultats d’analyse étaient accessibles à tous, si votre présence à la maison était détectée, si votre lave-linge était piraté et provoquait un dégât des eaux ?

Au delà de la question de la protection des données sur Internet, on peut aussi s’interroger sur la possible évolution des objets connectés: seront-ils un jour directement reliés à notre cerveau ? Pourront-ils prévenir tous nos besoins, avant même que nous ne les détections ?

En août 2012, des étudiants ont réalisé un court-métrage, Sight, qui met en scène ce que pourrait donner une société ultra-connectée, où le cerveau est directement connecté aux objets et où la sécurité d’accès aux données pose de vrais problèmes éthiques.

Objets intelligents et humains idiots

Et de façon générale, si les humains ne prennent plus aucune décision face à des machines qui préviennent tous leurs désirs, ne risque-t-on pas de devenir franchement stupides ? Tiens, au lieu de faire le calcul par moi-même, je vais prendre ma calculette. Tiens, au lieu de retenir ce qu’on m’a dit, je le note sur mon téléphone, etc.

Morozov, écrivain et chercheur biélorusse, l’a très bien compris et formalise le problème en différenciant bonne et mauvaise intelligence. La bonne intelligence serait celle qui nous laisse le contrôle de la situation et nous apporte des éléments pour nous aider à éviter les erreurs. « Des technologies intelligentes, au sens humain du terme, ne devraient pas avoir pour fonction de trouver les solutions pour nous. Ce dont nous avons besoin, c’est qu’elles nous aident à résoudre les problèmes (1) », écrit-il.

Le souci, c’est qu’actuellement les nouvelles technologies ne viennent pas nous aider : elles pensent pour nous et, pire encore, déterminent, selon les critères des ingénieurs qui les ont conçues, quels sont les comportements acceptables ou non. Et là, on ne touche plus à l’innovation de produits mais à de l’ingénierie sociale où les comportements se standardisent. « A mesure qu’elles deviennent plus intrusives, les technologies intelligentes risquent de toucher à notre autonomie en supprimant des comportements que quelqu’un, quelque part, aura désignés comme indésirables. Les fourchettes intelligentes nous informent que nous mangeons trop vite. Les brosses à dents intelligentes nous incitent à passer plus de temps à nous brosser les dents, etc.  »

Le risque c’est donc la perte d’autonomie, l’infantilisation et bien sûr la pauvreté intellectuelle. N’est ce pas en faisant des erreurs que nous nous améliorons ? N’est ce pas en faisant des erreurs que nous innovons ? « Tout artiste ou chercheur le sait, sans un espace protégé, et même sanctuarisé, où l’erreur est possible, l’innovation cesserait d’exister. » Voilà tout est dit.

(1) Citations tirées de l’article Les objets intelligents nous rendent-ils bêtes ?

Ne ratez pas la suite de ce dossier :
Révolution des drones : prenez un peu de hauteur
Voiture connectée : à quand le pilotage automatique ?

 

6 pensées sur “Objets connectés : allons-nous tous devenir idiots ?

  • novembre 4, 2014 à 11:04
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    Bonjour,

    Très bon article.
    Quand je vois l’excitation des gens à posséder un objet connecté je prend peur pour notre humanité. Quand j’entend les discours particulièrement autour de l’e-santé je suis choquée : « l’individu devient acteur de sa santé » ! Au contraire, nous allons nous même nous lobotomiser au fil des générations … et tout le monde semble ravi. Nous allons vers un asservissement « accéléré » de notre société dite « moderne ». Que pouvons nous faire pour contrer celà ?

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  • Ping : La révolution des drones : prenez un peu de hauteur

  • novembre 9, 2014 à 12:05
    Permalink

    Bonjour,
    Article intéressant quoique peut-être un peu alarmiste.
    Dans certains cas, les objets connectés santé peuvent effectivement nous rendre un peu plus idiots et dépendants.
    Mais dans le cas des maladies chroniques, en particulier, les médecins y voient un intérêt énorme dans le suivi au quotidien du patient qui peut collecter des données de manière plus régulière et permettre d’agir en prévention et non plus en urgence, et dans l’auto-implication du patient qui apprend à mieux se gérer, à se responsabiliser.
    Maintenant, ça reste à nous de choisir de devenir ou non, dépendants de ces objets.
    Je suis le propriétaire du blog connectohealth.fr, sur lequel vous avez trouvé l’article sur l’électrocardiogramme connecté. Je suis ravi que vous y ayez trouvé un article mais il est juste dommage que le lien que vous y avez attaché ne soit pas bon, il mène vers notre page 404. Vous serait-il possible de le remplacer par celui ci http://connectohealth.fr/cardiopad-electrocardiogramme-connecte/ ?
    Je vous en remercie par avance.
    Nicolas

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