Mission Rosetta : suivez l’atterrissage en direct !

Dans quelques heures, après 10 ans de voyage dans les tréfonds de notre système solaire, la sonde Rosetta déposera son module Philae sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, de son petit nom « Tchouri ». Un événement planétaire (et je ne joue pas sur les mots) : c’est la première fois que l’homme fait atterrir un engin spatial sur une comète ! Cet événement est même considéré comme le plus grand pari spatial depuis l’alunissage de la mission Appolo XI en 1969 ! Il faut dire qu’envoyer une sonde dans l’espace, lui faire parcourir 6,5 milliards de kilomètres et organiser le largage de son atterrisseur sur une comète lancée à 100 000 km/h, c’est vrai que c’est balèze.

Qui plus est, Philae, ce petit robot cousin de Curiosity et truffé de matériel hautement technologique, pourrait bien nous permettre de répondre à cette grande question que nous nous posons-tous : d’où vient la vie sur Terre ?

Assistez à l’atterrissage de Philae !

Parce qu’aujourd’hui, mercredi 12 novembre, est un grand jour dans l’histoire spatiale, ne ratez pas cet événement : vous pouvez assister en direct à l’atterrissage de Philae en vidéotransmission depuis le CNES à partir de 15h30.

L’événement sera également suivi et commenté toute la journée sur les principaux comptes du CNES avec le hashtag #PoseToiPhilae :
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La mission Rosetta : 10 ans de voyage

Lancée en 2004, la sonde Rosetta se promène gentiment dans l’espace intergalactique depuis 10 ans. C’est l’Agence Spatiale Européenne (ESA) qui a décidé de l’envoyer y faire un tour afin d’enquêter sur la naissance de notre système solaire.

rosetta

En effet, les comètes, ces objets glacés aux formes irrégulières, sont les objets les plus primitifs du système solaire. Elles proviennent de très loin : ceinture de Kuiper pour la plupart, nuage d’Oort pour d’autres, voir même hors de notre système solaire. « Elles  ont vécu l’immense majorité de leur vie très loin du Soleil, explique Francis Rocard, responsable du programme Rosetta au CNES. Leur matériau n’a pas chauffé et n’a pas été modifié de ce fait. On a donc conservé au congélateur depuis presque 4,56 milliards d’années le matériau originel qui a constitué également les corps planétaires,  les astéroïdes etc. »

Les comètes sont donc en quelque sorte des témoins « vivants » de ce qu’il s’est passé lors de la création de notre système solaire.

Pour aller voir ça, la sonde Rosetta a commencé par rendre visite à deux astéroides, Steins en 2008 et Lutetia en 2010, avant de faire un petit roupillon de 3 ans. Réveillée de son hibernation le 20 janvier 2014, et en parfait état, elle s’est mise en orbite autour de la comète et ne cesse d’analyser ce bout de caillou cosmique : photo, analyse, échantillons, etc. Elle va d’ailleurs lui tourner autour pendant plus d’un an, pour récolter le maximum d’informations (notamment sur la coma et la queue de la comète).

C’est ainsi qu’on en est venu à découvrir que la comète, mesurant 3 à 5 km de diamètre, ressemblait à une espèce de canard géant, et qu’il avait l’odeur de l’œuf pourri. Rosetta l’a prise en photo sous toutes les coutures, jusqu’à déterminer l’emplacement idéal pour l’atterrissage (acométissage ?) de son module Philae : une petite zone baptisée Algikia, à peu près lisse, qui devrait (on l’espère) convenir à la mission.

La descente de Philae

Philae est donc le robot qui atterrira sur la comète, tandis que Rosetta restera en orbite autour de l’objet. Il comporte de nombreux instruments destinés à relever des échantillons de la comète et à les analyser. Mais avant ça, il faut d’abord s’y poser, et ça ne sera pas une mince affaire.

En effet, avec une gravité 100 000 fois inférieure à celle de la Terre, Philae, qui sur Terre pèse pas loin de 100 kg,  ne pèsera que 2 à 3 grammes sur la comète… d’où le risque de le voir rebondir comme une balle de ping-pong et de repartir dans l’autre sens. Du coup, les ingénieurs de l’ESA ont installé un propulseur à gaz froid qui devrait plaquer le robot au sol, le temps que ses deux harpons s’ancrent à la surface de la comète… s’ils le peuvent ! Car la comète 67P est un mélange de gaz et de glace : son sol est si poreux que la comète flotterait si on la posait sur l’océan ! Il n’est donc pas exclus que ce sol tombe en miettes lorsque Philae essayera de s’y accrocher ! Pour que l’atterrissage se passe le mieux possible, il est donc essentiel que Philae arrive lentement, pour éviter un rebond fatal et être en mesure de s’installer tranquillement dans sa zone de recherche.

Philae atterrissageAutre défi : la durée de vie du robot. Philae va rester plusieurs mois sur sa comète (jusqu’à ce qu’elle s’approche trop du soleil) et va être soumis à des rayonnements cosmiques, des poussières interstellaires, des explosions de gaz, des météorites potentiellement agressives… Bref : à un environnement pas franchement sympathique. Heureusement, tous les instruments de bord sont en double mais bon, ça fait beaucoup d’inconnues. Donc on lui souhaite bonne chance !

Les objectifs de la mission Rosetta

Posé sur le coeur de la comète, l’atterrisseur Philae sera en charge de prélever des échantillons pendant plusieurs mois. De quoi analyser directement sur place, à la surface de la comète, les composés organiques les plus complexes : ceux qui se promènent dans l’univers avec la comète, avant de s’échapper dans les jets de gaz et d’être détruits par les rayonnements ultraviolets du Soleil.

Philae doit donc mesurer les caractéristiques physiques du sol (dureté, température, magnétisme) ainsi que ses spécificités chimiques (atomes, molécules). Avec les informations recueillies par Rosetta depuis sa station orbitaire autour de la comète, l’objectif est donc de déterminer non seulement l’âge et le lieu de naissance de la comète, mais d’en apprendre plus sur la formation de notre système solaire.

Mission Rosetta : module Philae

L’autre grande question est de savoir si une partie de l’eau sur Terre ne proviendrait pas des comètes. Selon les scientifiques, l’eau terrestre issue du dégazage primitif de la planète aurait  été soufflée lors d’impacts géants, notamment celui qui a créé la Lune. Cette  eau primitive aurait donc disparu et l’eau (actuelle) de la Terre serait en fait arrivée lors du bombardement massif tardif il y a 3,9 milliards d’années, amenée par des comètes riches en eau.

« Nous allons tenter de répondre avec Rosetta et Philae en mesurant le  rapport entre le deutérium (isotope de l’hydrogène) et l’hydrogène sur la  comète puis en le comparant à ce même rapport sur Terre« , explique M. Rocard, qui travaille sur le programme Rosetta. Mais rien ne sera simple car on sait  déjà que ce rapport deuterium sur hydrogène (D/H) est variable d’une comète à  l’autre… Que d’embuches sur le chemin de la connaissance !

Enfin, les scientifiques cherchent à comprendre si les comètes sont à l’origine de la vie sur Terre. Rien que ça.

En effet, la sonde Stardust a ramené en 2006 des grains de comète contenant un acide aminé, la Glycine, brique élémentaire des protéines… et de la vie. D’autre part, la sonde Giotto, en 1986, avait mis en évidence la présence de nombreux composés organiques (comprenant du carbone) à la surface des comètes : le carbone étant lui aussi un élément incontournable dans la chimie du vivant. Autant vous dire qu’on attend avec impatience les données relevées par Philae et Rosetta !

chiffres clés rosetta

Mais au fait, c’est quoi une comète ?

Une comète est un genre d’astéroïde, composé de glace et de gaz, qui orbite autour d’une étoile. Elles proviennent des confins du système solaire et mettent très longtemps à effectuer leur révolution autour de leur étoile.

Parce que les comètes sont soumises à toutes sortes de forces (force gravitationnelle à l’approche des planètes, vents stellaires, radiations, etc.), leurs noyaux s’entourent d’une fine atmosphère faite de gaz et de poussières qui forment ce qu’on appelle la coma. Dans le sillage de cette coma, se trouve la queue de la comète (faite également de gaz et de poussières) qui peut s’étendre parfois sur des dizaines de millions de kilomètres ! Et qui rend les comètes aussi reconnaissables.

Parmi les comètes les plus connues, on compte la comète de Halley, qui met 76 ans à faire le tour du soleil et dont de nombreux témoignages dans l’histoire attestent de son passage auprès de la Terre (la comète de Halley apparait par exemple dans la tapisserie de Bayeux qui illustre la conquête normande de l’Angleterre en 1066).

 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le module interactif du CNES : http://www.rosetta-cnes.fr/rosetta/index.html

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