Micro-plastiques : l’accablant constat de l’expédition Tara

Il y a une dizaine de jours, Le Globserver a chaussé ses bottes et son bonnet direction Lorient pour le retour de ce voilier mythique Tara.

Pendant 7 mois, les équipes de scientifiques se sont relayées pour étudier le zooplancton et surtout les micro-plastiques qui envahissent la Méditerranée. 2300 échantillons ont été prélevés et envoyés dans les plus grands laboratoires du monde entier pour analyse. Mais les premières conclusions sont vraiment loin d’être réjouissantes.

Tara, une expédition pas comme les autres

Autant vous dire que j’ai eu le mal de mer… Vraiment. Moi qui suis « total in love » de cette expédition et qui voulait partir pour la prochaine mission, je crois que c’est râpé. Trois heures sur le bateau et j’étais verte. Littéralement. Enfin bon.

Tara, c’est les sciences et la mer, des gens passionnés, des aventuriers et surtout des explorateurs des temps modernes. Après 10 ans à parcourir le Pôle Nord, l’océan Arctique, l’Antarctique, la Patagonie, le Pacifique sud, etc. Tara s’est penché sur une étendue encore peu étudiée : la Mer Méditerranée. La goélette en est revenue avec des premières constatations scientifiques bien flippantes.

Tara expéditions

Les premières conclusions de Tara 2014

Si vous en doutiez, je vous le confirme : nous sommes littéralement envahi par le plastique. Sur les 350 traits de filets réalisés par les scientifiques de Tara (aussi bien au large que près des côtes), pas un seul n’est revenu sans micro-plastiques. Ces particules minuscules issues de la dégradation des composés plastiques (emballages, fibres textiles synthétiques, etc.) sont absolument partout. Mais d’où viennent-ils ?

Sans surprise, ils proviennent à 90% des terres et sont rejetés en mer via les fleuves et les rivières. Du coup, forcément, on en trouve en quantités extravagantes du côté des villes. Marseille, Bastia, Beyrouth, Naples, Nice… les analyses au large de leurs côtes montrent des concentrations autour de 500 000 particules par km2, soit la même densité que dans l’une des zones les plus polluées de la planète, « le great garbage patch » du Pacifique (également appelée gyre du Pacifique). Les courants marins se chargent ensuite de dispatcher tout cela un peu partout… d’où la présence de micro-plastiques même dans les zones éloignées de toute habitation (d’ailleurs Tara Antarctique avait trouvé du plastique en Antarctique alors que la zone n’est pas réputée pour son activité touristique…)

Le great garbage patch du Pacifique
Grande comme plusieurs fois la France, la gyre du Pacifique est une zone particulièrement polluée de la planète où les déchets plastiques s’accumulent en raison des courants. On trouve ainsi une concentration de plastique de 5 kg par km2 (contre 1 kg de plancton!). Cette pollution s’étale en surface, jusqu’à 30 mètres de profondeur.

 

Présence de micro-plastiques dans l’océan : quelles conséquences ?

Vous vous en doutez, la présence de toute cette merde ces micro-plastiques dans l’océan n’est pas bonne ni pour nous ni pour la planète.

1/ les micro-plastiques terminent dans le ventre des poissons.

Je ne dis pas ça pour vous faire peur : c’est un fait. En mer, les micro-plastiques restent en surface. C’est également là que migre le plancton pendant la nuit. Et le plastique fait à peu de choses près la même taille que le plancton. Les poissons qui s’en nourrissent ont donc tendance à se tromper et manger un peu de deux. Il y a également tous les autres organismes qui se régalent de plancton, comme les baleines, qui finissent avec du plastique dans l’estomac. Et j’oubliais : certains micro-plastiques sont si petits qu’ils sont eux-mêmes bouffés par le plancton…. Autant vous dire que si ca rentre dans la chaine alimentaire, il y a de fortes chances que ca atterrisse un jour dans nos assiettes.
Tara expéditions

2/ les micro-plastiques sont chargés de polluants … qui terminent dans le ventre des poissons.

Eh oui, les plastiques ont tendance à absorber les POP : les polluants organiques persistants, à la fois toxiques, mobiles, qui s’accumulent au sein des êtres vivants et se dégradent lentement (délicieux cocktail). Ces molécules, qui augmentent le risque de cancer, diabète, stérilité, etc. sont donc absorbées par les micro-plastiques. Certains sont mêmes parfois des composants de ces plastiques : c’est le cas des perturbateurs endocriniens (phtalates, bisphénol) ajoutés dans la fabrication du plastique pour les rendre plus résistants. Le problème c’est que, si ces particules de plastiques viennent à être ingérées par des poissons (et éventuellement par des humains), les POP eux aussi passent dans la chaine alimentaire et s’accumulent gentiment au sein de leurs hôtes. CQFD.

3/ les micro-plastiques servent de radeau à d’autres espèces, y compris aux pathogènes.

« Non, ce n’était pas le radeau, de la méduse ce plastique » chantait Brassens. Eh bien si ! Les micro-plastiques n’attirent pas que les polluants : ils attirent aussi d’autres espèces d’algues ou de plancton qui s’installent tout autour. Tant est si bien que le plastique, qui vogue au gré des courants, peut traverser de vastes étendues et atterrir dans un coin où les algues qu’il transporte n’ont rien à faire là. De quoi perturber certains écosystèmes… Par ailleurs, le radeau peut également embarquer à bord des virus et bactéries (comme le choléra par exemple), les disséminer également au gré des courants au risque de contaminer l’homme. Bref. Le plastique, c’est vraiment pas fantastique.

Micro-plastiques recouverts d'algues
Micro-plastiques recouverts d’algues

L’ensemble des 2300 échantillons relevés pendant l’expédition en Méditerranée a été envoyé vers 14 laboratoires du monde entier. Reste maintenant à attendre leurs résultats pour en savoir plus sur cette pollution et ses conséquences à court et long terme.

Que peut-on faire contre ces micro-plastiques ?

Malheureusement pas grand’ chose. Impossible de les collecter, ni dans l’eau, ni sur les plages : ils sont si petits qu’il faudrait des filtres ultra serrés pour les récupérer. Le problème du filtre serré, c’est qu’il ramasserait tout le reste : plancton, algues, etc. Et l’idée n’est pas non plus de vider les océans de toutes traces d’êtres vivants.

En revanche, on peut quand même ne pas rester les bras croisés :

– en amont : ARRÊTER de rejeter toutes nos merdes dans l’océan. Je m’emballe un peu mais franchement, comment les êtres humains peuvent-ils être aussi cons et continuer à polluer l’environnement dans lequel ils vivent ? Donc, oui, c’est bête, mais pour ne plus avoir de plastique dans l’océan, ne rejetons plus de plastique dans l’océan.

Ça veut dire concrètement : recycler nos déchets et investir dans le développement de matériaux bio. A Lorient, par exemple, Stéphane Bruzaud, chimiste spécialisé en bioplastiques, met au point des plastiques biodégradables issus de la fermentation de déchets organiques : en d’autres termes, il récupère les détritus de l’industrie agroalimentaire (épluchures de patates par exemple) et en fait du plastique. Perso, je trouve ça plutôt génial. Autre méthode de prévention : légiférer. Cela ne résout pas tout, mais interdire la production/distribution de sacs en plastique par exemple, c’est un bon début. On vient de le voter en France… mais l’interdiction existe depuis 2002 au Bengladesh.

– en aval : là, c’est plus complexe. Comme je vous l’ai dit, impossible de s’attaquer aux micro-plastiques : pour eux, c’est trop tard. En revanche, on peut s’attaquer aux gros morceaux de plastique. Les ramasser sur les plages (ça ne coûte pas grand chose) mais aussi les ramasser en mer. Boyan Slat, jeune hollandais de 19 ans, a ainsi eu l’idée géniale de construire un entonnoir géant qui, au gré des courants, pourrait récupérer les gros morceaux de plastiques qui flottent en surface. Le petit a reçu 2 millions de dollars de financement pour mettre au point son projet. Reste à espérer que ce sera efficace.

Ocean Clean-Up 5 Ocean Clean-Up 6

Et maintenant que je vous ai bien fait peur, n’oubliez pas une chose : RECYCLEZ !

 

2 pensées sur “Micro-plastiques : l’accablant constat de l’expédition Tara

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