L’homme qui avait 340 000 ans

Jusqu’à présent, les scientifiques estimaient à 140 000 ans l’âge d’«Adam», notre ancêtre génétique à tous. Or, voilà que les échantillons d’un américain, décédé il y a seulement quelques années, remettent tout en question. Avec son chromosome Y de derrière les fagots, il fait remonter notre arrière-arrière-arrière-arrière-etc-grand-père commun à … 340 000 ans. Un sacré coup de vieux pour Adam !

Le chromosome caché d’un homme préhistorique

Lorsque l’échantillon d’Albert Perry, un afro-américain de Caroline du Sud récemment décédé, est arrivé dans le laboratoire chargé d’effectuer des tests généalogiques , le problème est vite apparu. La séquence génétique de son chromosome Y ne ressemblait à rien de connu. En clair, il ne descendait pas de notre « Adam génétique » mais d’un autre Adam… un événement qui remettait entièrement en cause l’arbre généalogique (ou phylogénétique pour les intimes) de l’humanité.

chromosome homme

Les chercheurs ont donc décidé d’approfondir leurs recherches : ils ont comparé les variations génétiques de différents groupes ethniques avec celles de notre plus proche cousin, le chimpanzé, pour estimer la vitesse à laquelle sont apparues ces mutations. Ils ont ainsi pu remonter dans le temps pour greffer notre arbre généalogique à un tronc plus ancien, portant le chromosome Y d’Albert Perry.

Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu’ils ont découvert l’âge de notre nouvel ancêtre commun à tous (y compris à Albert Perry) : 340 000 ans !

Alors comme ça, vous me direz «340 000 ans, ok cool et alors ?» Ce à quoi je vous répondrait : «N’y a-t-il pas un problème de date ?» Parce qu’il y a 340 000 ans, l‘homme moderne n’existait tout simplement pas encore ! A cette lointaine époque, nous n’étions que de simples Homo Erectus, grognant comme des zombies et à peine capable de casser une pierre correctement.

Or Albert Perry, lui, était bien un Homo Sapiens… Alors comment expliquer qu’un homme du XXe siècle ait pu cacher dans son patrimoine génétique un chromosome datant de l’âge de pierre ? Comment Albert Perry pouvait-il avoir en lui les gênes d’un ancêtre âgé de 340 000 ans ?

Les noeuds de notre arbre généalogique

Le premier fossile de la version moderne de l’être humain remonte à environ 200 000 ans. Ce qui signifie que la lignée du chromosome Y d’Albert Perry s’est détachée du reste de l’humanité bien avant que notre espèce n’apparaissent.

Mais étant donné qu’Albert combinait toutes les caractéristiques de l’homme moderne – mais avec un chromosome Y plus ancien !- , l’hypothèse la plus probable est, qu’à un moment donné, un groupe d’Homo Sapiens s’est mélangé à un groupe d’humains « archaïques » aujourd’hui disparus.

En effet, à l’apparition de l’Homo Sapiens tel que nous le connaissons aujourd’hui, d’autres groupes d’humains existaient déjà : l’homme de Néandertal en faisait partie, tout comme l’Homo Rhodesiensis ou les Denisovans. Ils ont survécu, pour certains, jusqu’à une période comprise entre – 30 000 et – 10 000 ans et aurait donc très bien pu se mélanger à d’autres populations.

Ces groupes auraient ainsi réinjecté dans la population moderne leur chromosome Y primitif, qui s’est ensuite transmis de père en fils jusqu’à Albert Perry.

Les branches s'éloignent et se recoupent dans notre arbre généalogique. ©Peter Papay
Les branches s’éloignent et se recoupent dans notre arbre généalogique. ©Peter Papay

Cette hypothèse est corroborée par les résultats de recherches archéologiques qui ont été menées au Nigeria en 2011, sur un site nommé Iwo Eleru. Là-bas, des ossements présentant un étrange mélange de caractéristiques modernes et anciennes ont été retrouvés. Les paléo-anthropologues en ont donc déduit qu’Homo Sapiens avait cohabité et s’était reproduit avec les descendants d’une ligne archaïque.

Par ailleurs, c’est à peine à 800 km de ce site, dans le sud-ouest du Cameroun, que les chercheurs ont mis la main sur un peuple africain, les Mbo, présentant un chromosome Y comparable à celui d’Albert Perry. De lointains cousins en somme.

Comme quoi, notre évolution, loin d’être linéaire, ressemble plutôt à un arbre donc les branches se séparent et se recroisent sans cesse…

Pour en savoir plus, voici l’étude publiée dans l’American Journal of Human Genetics, d’où est tirée cette histoire.

Une pensée sur “L’homme qui avait 340 000 ans

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *