La folie des profondeurs de James Cameron

J’avais besoin d’un prétexte pour parler de la fosse des Mariannes, James Cameron me l’a trouvé. Toujours serviable ce James.

James Cameron, le pro du profond, la star des mystères prépare sa rentrée sur la scène cinématographique. Après son blockbuster Avatar, sorti en 2009, le réalisateur reprend du poil de la bête et se lance dans un nouveau projet. Il quitte l’espace intersidéral de Pandora pour revenir sur notre bonne vieille terre. Ou plutôt cette bonne vieille mer… Pour l’épisode II d’Avatar justement ! Adepte de la vidéo sous-marine, il avait ébloui les salles obscures en 1989 avec le puissant Abyss, une rencontre du troisième type à 3000 mètres de profondeur. En 1998, il remet ça avec Titanic. Et le voilà de retour dans les plaines abyssales, pour filmer le cœur de l’océan. L’objectif, se rendre dans la fosse sous-marine la plus profonde du monde, la fosse des Mariannes (11°21′N 142°12′E / 11.35, 142.2), située dans l’océan Pacifique. Avec ses 11 034 mètres de profondeur (voire plus à certains endroits mais les appareils ne sont pas toujours très fiables avec de telles distances) et ses 2 500 km de longueur, ce colosse de la nature reste l’un des territoires les plus mystérieux sur Terre… pour la simple et bonne raison que personne n’y a jamais mis les pieds – ou tout du moins son sous-marin.

Vraie science et folle imagination

Comment un tel trou peut-il se trouver au fond de l’océan ? Pour ceux dont les cours de géologie sont loin, on va faire simple. Les plaques tectoniques se déplacent au fond de l’océan. A cet endroit, la plaque Pacifique passe sous la plaque des Philippines : le phénomène de subduction. Là où la croute terrestre tombe et coulisse, entrainée par son propre poids, une fosse sous-marine se creuse. A ce point de non-retour au fond de l’océan, la pression est de 1086 bars, mille fois plus élevée qu’à la surface – l’équivalent d’une tonne par cm². La lumière complètement absente. La température glacée. Autant dire qu’il n’y fait pas bon vivre. Et pourtant.

Là où tout n’est que calme, obscurité et mystères, l’absence d’une quelconque visite humaine dans ces lieux de désolation laisse une grande part à l’imagination. Bêtes monstrueuses, calmars géants et autres vers de mer gargantuesques se bousculent dans les esprits. Et nous ne sommes pas loin de la réalité. Des poissons sans yeux, des coquillages géants… Les sources d’eau chaude et l’échappement de certains gaz comme le méthane et le souffre servent de coupe-faim à la plupart des espèces bizarres qui se trouvent là. Remplaçant l’oxygène, la lumière et la photosynthèse comme fondements de la vie, l’écosystème des plaines abyssales constitue une source unique de compréhension des origines de la vie – à cette époque lointaine où, comme dans les abysses, les conditions de (sur)vie étaient loin d’être idéales.

Descente aux enfers glaciale

C’est dans ce submersible que Piccard et Walsh ont visité la Fosse des Mariannes en 1960. Ils auront mis presque cinq heures pour descendre à plus de 10 000 mètres de profondeur.

Revenons à nos moutons. Qu’est ce que James Cameron vient exactement faire dans cette histoire de fosse inconnue au bataillon, où personne ne se presse d’aller. Eh bien commençons par cela. En 1951, alors que la guerre de Corée bat son plein et qu’Edith Piaf remplit les salles, le vaisseau de la Royal Navy Challenger II étudie pour la première la fosse des Mariannes, initialement découverte en 1875. Par échosondage, le navire enregistre une profondeur de 10 900 m. La seule et unique expédition « sur place », c’est-à-dire au fond de la fosse, n’aura lieu que neuf ans plus tard. A bord d’un bathyscaphe, hyper high-tech pour l’époque, deux fous se lancent dans l’aventure. Un suisse, Jacques Piccard, et un américain de la Navy, Don Walsh, mettront presque cinq heures pour descendre à la profondeur vertigineuse de 11 000 m (chiffre indiqué par leurs instruments de bord). Depuis, rien. Néant complet quand aux escapades abyssales de nos amis les scientifiques.

Et c’est là que James Cameron arrive. Celui qui a filmé le naufrage du Titanic a réuni une équipe d’ingénieurs et de scientifiques qui ont pour mission de construire un submersible capable de résister aux profondeurs abyssales. Pour descendre au fond de l’océan, mieux vaut éviter les coquilles de noix. Walsh et Piccard avait eu la chance de ressortir indemne de leur périple, malgré quelques petites (grosses ?) frayeurs dues aux bruits de craquement du bathyscaphe. Des vitres en plexiglas de 30 cm d’épaisseur, des tôles d’acier hyper résistantes, si la structure ne tient pas, « c’est sayonara en deux millièmes de secondes » (Titanic quote). Pour donner un ordre d’idée, à 11 000 mètres de profondeur, la pression sur le submersible est de 200 000 tonnes. Autant dire que Cameron a la pression (à tous les sens du terme).

Mais quelle idée d’aller dans cette zone abyssale et même au-delà, dans ce que les scientifiques appellent la zone hadale (du nom d’Hadès, dieu des enfers… tout un programme) ? On se souvient des grands aliens bleus de la planète Pandora. On en déduit que pour Avatar II : le retour, Cameron compte explorer les profondeurs sous-marines terriennes pour les transformer en fosse abyssale pandorienne. Au vu des espèces inconnues qui y habitent et dont on ne sait rien, il est probable que les spectateurs croient à des effets spéciaux, types bestioles de Star Wars. La faune étrange des fonds océaniques est pourtant bien réelle. De quoi fournir un grand spectacle cinématographique et une opportunité exceptionnelle pour les scientifiques de poursuivre leur découverte de la planète Terre.

Pour en savoir plus : http://www.guardian.co.uk/environment/2011/jan/18/james-cameron-dives-deep-avatar

2 pensées sur “La folie des profondeurs de James Cameron

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