Gravity, cohérent scientifiquement ? (2/2)

Gravity © Warner Bros Pictures
© Warner Bros Pictures

Parce que nous sommes tout de même sur un blog scientifique, impossible de ne pas vous parler du caractère scientifique de ce film à couper le souffle !
Tout d’abord parce que le pitch de départ – une pluie de débris spatiaux s’abat sur de pauvres astronautes – est tout à fait plausible. Ensuite, parce que c’est sans doute l’un des films dans l’espace les plus crédibles et qui comporte le moins d’incohérences.

Nuage de débris : le syndrome de Kessler

Le Globserver y a consacré un article complet « Notre ciel, poubelle de l’espace« .

Les débris spatiaux sont une réalité et peuvent devenir un véritable danger, comme dans le film. On en dénombre des centaines de milliers, de tailles variables. Normalement, ceux de plus de 10 cm sont surveillés : leur orbite est suivie par différents organismes comme la NASA ou le CNES. Mais ces déchets de l’espace sont de véritables bombes à retardement qui peuvent provoquer des collisions.

Ce fut déjà le cas deux fois : en 1996, un satellite militaire français répondant au doux nom de Cerise se fait pulvériser un bras par un morceau de la fusée Ariane 1 qui passait par là (à la vitesse de 14,8 km/s quand même). Et en 2009, c’est au tour de deux satellites, Iridium 33 et Kosmos 2251, de se percuter, avec plus de 600 débris créés lors de l’impact.

Dans le film, un satellite se fait dégommer par une fusée russe. Dans la réalité, ca s’est déjà produit : en janvier 2007, un essai de missile chinois cause la destruction d’un satellite (Fengyun-1C) et la création de quelques 35 000 débris de plus d’un cm.  Pour se débarrasser des satellites morts, les centres spatiaux évitent à tout prix cette méthode qui crée plus de problèmes qu’il n’en résout : en effet, au lieu d’avoir un gros déchet, on en produit un milliers de tout petits… sachant qu’ils se déplacent à plus de 28 000 km/h, voyez les dégâts qu’ils peuvent engendrer.

Gravity, pour appuyer le côté dramatique, reprend ainsi le principe du syndrome de Kessler, lié à ce phénomène de cascade collisionnelle (quand la collision de quelques gros débris entraîne la production de nombreux petits).  Le risque est que tous ces petits bouts de fusées, matériel et satellites s’installent sur des orbites convoités, qui deviennent alors inutilisables en raison du risque trop important de collision. Vous me suivez ?

Tout ça pour dire que l’histoire est non seulement réaliste, mais que l’enjeu des déchets spatiaux est un véritable problème pour tous les centres spatiaux de la planète.

Quelques incohérences

Vous allez dire qu’on chipote vraiment parce Gravity, par rapport à Armaggeddon, c’est vraiment la perfection incarnée.

Déjà, le réalisateur prend en compte une donnée très simple (il l’inscrit à l’écran au début du film d’ailleurs) : dans l’espace, il n’y a ni pression atmosphérique, ni oxygène. Ce qui signifie que dans l’espace, il ne peut y avoir ni son, ni feu. Une donnée respectée dans l’ensemble du film : les rares bruits que l’on entend (lorsque les personnages heurtent un objet) sont ceux « entendus » par l’astronaute dans sa combinaison. Ce sont plus des vibrations sourdes que du bruit à proprement parler. D’autre part, le seul feu que l’on voit à l’écran est celui qui sort de la Station Spatiale Internationale (dans laquelle il y a de l’oxygène) lorsque celle-ci est frappé par un débris. Une fois hors de l’ISS, le feu dure une demi-seconde avant de s’éteindre (puisqu’il est dans le vide). Jusque là tout va bien.

A côté de ça, quelques incohérences peuvent être remarquées (que l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson s’est fait une joie de lister sur son fil twitter) :

  • tout d’abord, il faut savoir que les satellites de communication se trouvent en orbite géostationnaire, à 35 000 km d’altitude. Il est donc impossible que les débris de ces satellites puissent heurter successivement Hubble (560 km d’altitude), l’ISS (370 km) et Tiangong, la station spatiale chinoise (350 km) !

  • par ailleurs, comme je viens de l’indiquer, les différents « lieux » du film sont très éloignés les uns des autres en termes d’altitude. Autant vous dire qu’il semble peu plausible de voir à l’œil nu l’ISS depuis Hubble…

  • pour les besoins visuels du film, la vitesse des débris a été ralentie. Dans la réalité, ils sont censés arriver à plusieurs kilomètres par seconde, ce qui est 20 fois plus rapide qu’une balle de fusil de chasse.

Gravity © Warner Bros Pictures
© Warner Bros Pictures
  • autre incohérence : lorsque Sandra Bullock a le pied pris dans les fils du parachute de l’ISS et qu’elle retient par un câble Georges Clooney qui se fait la malle… La tension des deux fils est impossible dans l’espace : lorsqu’un câble se tend à cause de l’énergie cinétique, on « rebondit » en quelques sorte, avant de revenir en arrière (c’est le cas dans une scène suivante, lorsque Soyouz reste accroché à l’ISS). Mais en aucun cas, un câble va rester tendu dans l’espace : cela sous entend qu’il y a une gravité qui nous entraîne, or, il n’y en a pas !
Gravity © Warner Bros Pictures
© Warner Bros Pictures
  • enfin, on soulignera qu’un astronaute qui revient d’une balade dans l’espace ne peut pas être aussi frais et pimpant que ne l’est Sandra Bullock lorsqu’elle enlève sa combinaison dans l’ISS. Déjà, on ne porte pas une combinaison d’astronaute avec juste une petite culotte et un débardeur : une combinaison interne en plastique est de mise. Et en plus – désolée, c’est pas très sexy – les astronautes portent une couche pour adulte lorsqu’ils sont « de sortie ». Donc bon.
Gravity © Warner Bros Pictures
© Warner Bros Pictures

Autrement, on pourrait également vous dire que les mouvements dans l’espace ne sont pas aussi rapides que dans le film, qu’un astronaute de la NASA ne s’amuserait sûrement pas comme Clooney le fait au début du film avec son moteur (pour des raisons évidentes de coût du carburant), que les cheveux de Sandra Bullock ne flottent pas assez en apesanteur, que les portes des engins spatiaux ne s’ouvrent pas aussi facilement que dans le film… Mais bon, tout ça, c’est des pétouilles.

Et je préciserai tout de même à ceux qui s’interrogent du pourquoi de la présence de Bullock sur Hubble, que dans le film, elle est ingénieur médical et non médecin ! Elle a donc sa place pour installer un scanner de pointe sur un engin spatial.

Film approuvé par les astronautes

Preuve que le film est une réussite du point de vue scientifique, sensoriel et visuel : les astronautes ne tarissent pas d’éloges à son sujet. Le célèbre Buzz Aldrin (qui a participé à la mission Apollo 11 et s’est posé sur la Lune en 1969) a été un des premiers à dire que le film est une réussite et reproduit parfaitement les sensations d’un vol en apesanteur.

Le français Jean-François Clervoy est du même avis. Lui qui a justement participé à une mission pour réparer Hubble (comme dans le film) reconnait que le film est réaliste à 95%. Voici un extrait de son interview menée par TF1 News :

Jean-François Clervoy
Jean-François Clervoy

« Le réalisme est remarquable. Gravity permet de se rapprocher au plus près de ce que j’ai vécu dans l’espace. Le rendu sensoriel est très réaliste tant au niveau visuel qu’acoustique. Par exemple, la vue de la Terre depuis l’espace, les très forts contrastes des parties qui sont au soleil et des parties qui sont à l’ombre sont très bien rendus.

Au niveau auditif, le spectateur entend aussi exactement ce que l’astronaute jouée par Sandra Bullock est censée entendre dans le casque de son scaphandre. Dès les premières images, j’avais l’impression de revoir Hubble 3D, ce film tourné en 2010 dans l’espace par des astronautes avec des caméras Imax…

Les 20 premières minutes sont magnifiques. Elles sont tournées en un seul plan de coupe : la caméra tourne et avance vers la navette, on découvre le télescope spatial Hubble attaché à son berceau, puis un astronaute en scaphandre. Je revivais vraiment mon vol devant l’écran de cinéma. Le réalisme est même presque augmenté en ce sens que le réalisateur a comme amplifié légèrement les contrastes quand on voit la Terre. Ce qui la rend encore plus émouvante que si on la voit à l’œil nu dans l’immensité de l’espace... »

Pour en savoir plus, http://www.dailymotion.com/video/x15y1no_gravity-vu-par-jean-francois-clervoy_shortfilms

Pour en savoir plus sur les technologies utilisées pour le tournage du film, ne ratez pas le premier article du Globserver sur le sujet : Gravity, un film à couper le souffle

8 pensées sur “Gravity, cohérent scientifiquement ? (2/2)

  • Ping : Gravity, un film à couper le souffle (1/2) | Le Globserver

  • octobre 29, 2013 à 12:18
    Permalink

    Bonjour,
    merci pour cet article très intéressant.
    [Spoil alert]
    Cependant, j’ai une question concernant le câble reliant les deux astronautes pendant leur balade au regard de votre explication concernant celui du Soyouz. Lorsque Georges entraine Sandra, il exerce bien une force sur elle et donc, à condition de supposer le câble non élastique, il devrait rester tendu, Sandra n’ayant pas de raison d’aller plus vite, non ?

    Répondre
    • novembre 1, 2013 à 9:30
      Permalink

      Très bonne question ! Lors de leur « petite excursion », Georges, grâce à ses rétrofusées se met en orbite en direction de la Station Spatiale Internationale. C’est à dire qu’il se lance dans une direction donnée, à une vitesse donnée. Sandra, étant reliée à lui, est donc lancée dans cette même direction, à la même vitesse. Or dans l’espace, sans gravité, « Tout corps continue sur sa lancée tant que rien ne l’en empêche » (principe d’inertie) : leur vitesse ne diminue donc pas.
      C’est pour cette raison qu’il n’a pas besoin d’utiliser ses rétrofusées pendant toute la durée du « voyage »…
      C’est aussi pour cela que le câble reliant les deux astronautes n’est pas tendu : ils évoluent dans la même direction à la même vitesse, il n’y a donc pas de force exercée l’un sur l’autre, donc pas de tension du câble !

      Répondre
      • novembre 4, 2013 à 8:52
        Permalink

        Justement, pour le câble, en supposant que son élasticité est négligeable (mais c’est peut être là l’explication), si on a George (noté G) et Charlotte (notée C) et George tracte Charlotte
        état initial
        (C)~~~~~~~~(G)
        Bob décolle
        (C)~~~~——–(G)
        Le câble est tendu, comme il n’y a pas de frottement ni d’élasticité, on peut considérer que tout les corps sont solidaires FcableC = -FCcable…
        (C)——————(G)
        Donc je ne vois pas de raison pour que C se déplace plus vite que B alors, sauf élasticité. mais dans ce cas, elle doit finir par rattraper George, non ?

        Répondre
  • novembre 12, 2013 à 9:59
    Permalink

    Il y a bien des satellites de télécom à basse altitude. Un exemple parmi d’autre: la constellation Iridium (téléphonie par sat – 66 satellites) se trouve à 781 km d’altitude. Certes c’est toujours plus haut que ISS et Hubble mais on est déjà plus près.
    Pour ce qui est des câbles des parachutes, la traction de George Clooney déroule les câbles du parachutes, c’est donc normal qu’il ne rebondissent pas.

    Répondre
  • Ping : Les 5 billets du Globserver les plus lus de 2013 | Le Globserver

  • Ping : L'actu de la semaine (29 octobre 2015)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *