20 mai 1983. Le virus du Sida est découvert

Ca faisait déjà un moment que ça couvait. Plusieurs années même. Les premiers cas sont décrits dès 1981 aux Etats-Unis.  A l’époque, on parle du « syndrome gay » et pas encore du « syndrome d’immunodéficience acquise ». Les médecins remarquent que de plus en plus de jeunes adultes jusqu’alors en bonne santé, se mettent à développer des infections fulgurantes liées à une baisse anormale de leurs défenses immunitaires. En parallèle, le Centre de contrôle des maladies d’Atlanta (CDC) annonce avoir repéré une consommation de plus en plus élevée d’un médicament qui traite des infections pulmonaires (pourtant supposées rares)… corroborant les observations des médecins sur le terrain. La chasse au virus est lancée.

L’intuition française

La découverte du VIH a en effet tout d’une chasse. Au début, les médecins sont totalement dépassés par cette maladie dont on ne sait rien. Virus ou bactérie? Quel mode de transmission? Quelles conséquences ? Les symptômes varient-ils ?

Bref. Quelques semaines après l’annonce du CDC, les premiers cas apparaissent en France. De jeunes médecins de l’époque, intrigués par ce mal inconnu, décident de plancher sur le sujet. Leurs recherches montrent que depuis les premières descriptions de la maladie chez les homosexuels, celle-ci a également été observée chez des hémophiles transfusés et chez des toxicomanes. Cela laisse donc soupçonner la présence d’un virus, qui se transmet par le sang ou les relations sexuelles.

Après avoir essayé – en vain – d’assimiler ce supposé virus à ceux connus jusqu’alors, les médecins sont sûrs et certains de se trouver devant un virus d’un tout nouveau genre. Il vont alors entamer des recherches virologiques avec l’aide de trois chercheurs de l’Institut Pasteur : Françoise Barré-Sinoussi, Jean-Claude Chermann et Luc Montagnier. L’équipe de scientifiques va travailler à l’analyse des ganglions d’un homme contaminé, encore au stade précoce de la maladie.

Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi

Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi

Une biopsie est réalisée et mise en culture. L’objectif est d’observer comment réagissent certains lymphocytes, visés par le virus. Trois semaines plus tard, l’activité d’un virus est en effet constatée, suivie d’un phénomène de mort cellulaire. Grosse panique pour les chercheurs ! Cette mort cellulaire, c’était le risque de perdre le virus qui venait pourtant d’être détecté pour la première fois!

Des globules blancs sont réinjectés dans la culture. Là encore, l’activité enzymatique du virus est à nouveau détectée, et à nouveau encore cette détection est suivie d’un phénomène de mort cellulaire… Les chercheurs ne le savent pas encore mais il s’agit en fait de la première observation de l’effet cytopathogène (tueur de cellules) du virus.

Finalement après deux ans de recherches, le 20 mai 1983, l’équipe de l’institut Pasteur annonce dans la revue Science avoir découvert un rétrovirus baptisé LAV. Surprise ! Dans le même numéro, Robert Gallo, virologue américain, avance l’hypothèse que le virus en cause appartient à la famille des HTLV (Human T-cells Leucemia lymphocyts Virus… le virus qui provoque une leucémie des lymphocytes T pour les intimes). Qui a raison?

La « collaboration »  internationale

Entre le HTLV américain et le LAV français, qui des deux équipes de chercheurs est sur la bonne voie ? Les deux en fait…

Les chercheurs s’envoient mutuellement des échantillons pour comparer leurs résultats. Commence une grande période de caractérisation du virus et de ses protéines. Des tests sérologiques sont développés afin de pouvoir rapidement diagnostiquer la maladie. Le génome du virus est lui aussi étudié jusqu’à être entièrement séquencé dès 1983. Pour ce faire, immunologistes, cliniciens, biologistes moléculaires et virologues travaillent d’arrache-pied : un vrai boulot d’équipe!

Deux ans plus tard, en 1985, une publication franco-américaine démontre finalement que le LAV français et le HTLV 3 américain ne sont qu’un seul et même virus ! Pourtant, comme les américains savent si bien le faire : ils s’en attribuent tous les mérites et n’accordent de brevet qu’au test de dépistage mis au point par Gallo. Rien pour l’équipe de Pasteur qui décide de porter plainte contre l’Institut national américain de la santé. Finalement un accord est trouvé en 1987, qui reconnaît le rôle de la France.

Et d’ailleurs, ce sont les deux français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, qui en 2008 reçoivent le prix Nobel de médecine pour leur découverte du virus du Sida.

Entre ces deux dates, l’épidémie aura explosé partout dans le monde : on estime à 60 millions le nombre de personnes ayant été infectées par le VIH, et à près de 30 millions le nombre de malades qui en sont morts.

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