1883. Le volcan Krakatoa explose et fait 36.000 victimes

26 août 1883. Cela fait déjà quelques mois que le volcan Krakatoa, situé en Indonésie, entre les îles de Java et Sumatra, s’est réveillé. Les explosions se succèdent. L’activité du volcan croît, décroît, reprend. Début août, les émissions de cendres sont déjà tellement épaisses qu’il fait nuit noire sur des centaines de kilomètres autour du volcan. Pourtant, les bateaux continuent de passer à proximité, et les villages situés sur les îles alentours eux, ne se vident pas pour autant de leurs habitants. Mais le 26 août, le Krakatoa ne fait pas dans la finesse : l’apocalypse commence en début d’après-midi.

Localisation du volcan Krakatoa

Une explosion entendue à 4500 km à la ronde

Vers 13h, une première énorme explosion secoue le volcan. Elle est entendue jusqu’à 50 km à la ronde. Une heure plus tard, une nuage noir d’une hauteur estimée à 27 km sort des entrailles du Krakatoa. Pierres ponces et cendres se répandent partout et la visibilité est réduite à néant sur plus d’une centaine de kilomètres autour du volcan. Jusqu’au lendemain matin, les secousses vont aller grandissantes.

Les bateaux qui voguent à proximité se perdent, englués dans « une pluie aveuglante de pierres et de sable, une obscurité profonde entrecoupée d’éclairs continuels et de grondements incessants » (Livre de bord du capitaine Charles Ball). A terre, d’immenses vagues détruisent les maisons côtières. Et ce n’est que le début.

Evolution de l’île du Krakatoa

Quelques heures plus tard, le « bouquet final » se déclenche. L’explosion la plus violente retentit, lorsqu’une partie de l’île, d’une superficie de 28 km2 s’effondre dans le cratère. Le bruit qui s’en dégage est ahurissant de violence. Il est d’ailleurs considéré comme le plus fort jamais entendu par l’homme : à 160 km de distance, il est encore de 180 décibels. Pour comparaison,  180 dB, c’est le bruit produit au décollage d’une fusée Ariane. Alors imaginez l’intensité du son sur le lieu même de l’explosion…

Plus incroyable encore, la détonation est entendue à Alice Springs, dans le centre de l’Australie, et à l’île Rodriguez, dans le sud-ouest de l’océan Indien, situées respectivement à 3 500 et à 4 800 kilomètres du Krakatoa. Comme si une explosion à Bagdad était entendue à Paris !

A l’explosion dantesque succède le tsunami

A Jakarta, les murs tremblent. Au sud de Sumatra, les victimes se comptent par centaines : ensevelies sous les chutes de pierres ponces, brûlées par les cendres incandescentes, assoiffées par l’absence d’eau potable… L’Apocalypse dans toute sa splendeur.

Pour en rajouter une couche, un tsunami, occasionné par les multiples séismes et explosions, ravage tout sur son passage. Le raz-de-marée est d’ailleurs responsable de la majorité des 36 000 morts enregistrés. Dans l’obscurité provoquée par le nuage de cendres, impossible de voir le mur d’eau qui arrive. La ville de Merak, située à seulement quelques dizaines de kilomètres du volcan, est entièrement rasée par une vague de 46 mètres de haut (l’équivalent d’un immeuble de 13 étages).

A Sumatra, dans le port de Teluk Betung, le navire hollandais Berouw fut soulevée par une vague de 22 mètres et projeté à 2 km à l’intérieur des terres. Il s’y trouve d’ailleurs encore aujourd’hui, en souvenir de l’éruption du Krakatoa.

Navire hollandais Berouw
Navire hollandais Berouw

Au total, près de 300 villes et villages furent détruits. Et les seuls survivants sont ceux qui par hasard ont eu la chance d’être projetés dans les arbres…

L’équivalent de 13 000 Bombes A

En deux jours, l’éruption du Krakatoa a libéré une énergie équivalente à 13 000 bombes atomiques. Plus de 10 km3 de matière ont été éjectées dans l’atmosphère, ce qui a contribué à faire baisser la température mondiale de 0,25°C, perturbant le climat pendant une dizaine d’années.

Mais comment expliquer une telle violence ? Tout simplement parce que l’éruption du Krakatoa fait partie de la catégorie des éruptions pliniennes (qui tire son nom du philosophe romain Pline le Jeune).

Dans ce type d’éruption, la lave est extrêmement visqueuse : ainsi, non seulement les coulées de lave sont impossibles, mais la roche en fusion est tellement dense qu’elle a du mal à sortir de la cheminée volcanique. Conséquence : elle s’agglutine, provoque l’augmentation de la pression interne dans le volcan, ce qui aboutit à de gigantesques explosions. Dans certains cas (comme le Krakatoa ou Santorin), le volcan lui-même est complétement détruit, laissant place à une vaste caldeira.

Krakatoa aujourd'hui
Krakatoa aujourd’hui

Sur l’échelle d’explositivité volcanique, le Krakatoa se place donc en bonne position avec un 6 pointé. Evidemment, on trouve toujours pire ailleurs puisque l’échelle va jusqu’à 8 : à ce niveau, on parle de « supervolcan ultra-plinien » avec « éruption apocalyptique ». Tout un programme. De mémoire d’homme, on n’a jamais vécu ça, et avec de tels qualificatifs, on espère ne jamais avoir à le vivre !

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